Jour J – Le départ vers le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

Le jour du départ est enfin arrivé.
Ce matin-là, lorsque je ferme la porte de la maison, je sais que je ne pars pas simplement en randonnée. Je pars enfin vivre une aventure que j’attends depuis des mois. Une aventure qui me fait rêver, qui m’impressionne aussi un peu, sans que je sache vraiment pourquoi.
Le sac est prêt.
Le matériel a été vérifié une dernière fois.
Cette fois, il n’y a plus rien à préparer : plus de liste à cocher, plus de matériel à acheter, plus de questions à se poser.
Il ne reste qu’à partir.

De la région bordelaise à l’Aubrac

Je quitte la région bordelaise en voiture pour rejoindre le village d’Aubrac, en Aveyron. Le trajet est déjà une transition.
Pendant plusieurs heures, les kilomètres défilent. Les paysages changent progressivement. Les vignes laissent place aux grands espaces. Les reliefs apparaissent peu à peu.
Le quotidien reste doucement derrière moi.

Parenthèse culturelle :
Le plateau de l’Aubrac s’étend sur trois départements : l’Aveyron, la Lozère et le Cantal. Avec ses grands espaces, ses burons et ses pâturages, il constitue l’un des secteurs les plus emblématiques du GR65, aussi appelé Via Podiensis, la voie du Puy-en-Velay vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

A Aubrac, je laisse ma voiture sur le parking gratuit situé à côté de la Maison de l’Aubrac. Elle y restera pendant toute la durée de mon périple.

La Malle Postale : le basculement vers le chemin

À partir de cet instant, quelque chose change. J’ai l’impression de quitter définitivement mon quotidien pour entrer dans le monde du chemin.

Pour rejoindre Le Puy-en-Velay, j’utilise La Malle Postale, un service incontournable pour de nombreux pèlerins.

La navette quitte Aubrac à 15 heures, depuis la place des Fêtes, à deux pas de la Tour des Anglais.

Les premiers visages du chemin

Les pèlerins montent les uns après les autres.
Les sacs trouvent leur place à l’arrière du fourgon. Les chaussures de randonnée sont déjà poussiéreuses pour certains.
Très vite, une réalité s’impose, presque sans filtre : l’odeur de l’effort est bien présente. Celle des corps déjà en marche, de ceux qui viennent de finir une étape, ou qui en enchaînent plusieurs.
Je souris intérieurement.
À cet instant, je sens encore le gel douche…

Eux sentent déjà le chemin. Et je comprends que dans quelques jours, je sentirai probablement comme eux.

À côté de moi, un jeune retraité. Il a déjà fait un premier tronçon du chemin. Il en parle avec une évidence tranquille, comme si le chemin avait déjà laissé une empreinte durable en lui. Il m’explique qu’il est tombé amoureux de cette aventure au point d’avoir déjà prévu d’y revenir en septembre. Il me glisse quelques conseils au fil de la route, sans en faire trop, comme on transmet une expérience plus qu’une méthode.

Dans la navette, le paysage défile. Les conversations apparaissent puis disparaissent. Et dans ce mouvement, quelque chose se relâche doucement.

Arrivée au Puy-en-Velay

À 17 h 15, la navette me dépose place du Breuil, au Puy-en-Velay.

Le contraste est immédiat : après la route et la navette, la ville semble presque irréelle. C’est ici que commence officiellement la voie du Puy, l’un des grands itinéraires vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Parenthèse culturelle :
Le Puy-en-Velay est l’un des principaux points de départ historiques des pèlerins en France. La “Via Podiensis” est aujourd’hui encore la plus empruntée des voies françaises vers Compostelle. La cathédrale et plusieurs monuments de la ville sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Le gîte Saint-François

Première étape : rejoindre le gîte Saint-François où je passerai la nuit pour déposer mon sac à dos.

Une fois le sac posé, une sensation de légèreté apparaît. Comme si le vrai départ venait enfin de se faire, même si aucun pas n’a encore été marché.

Découvrir Le Puy-en-Velay en fin de journée

Comme il est encore tôt, je profite de cette fin d’après-midi pour visiter la ville. Et quelle bonne idée !
Si vous débutez le chemin depuis Le Puy-en-Velay, je vous conseille vraiment d’arriver la veille. Cette ville mérite qu’on lui consacre quelques heures.

Le Puy-en-Velay est une ville qui surprend immédiatement. Elle est construite dans un ancien paysage volcanique, ce qui explique ses reliefs très marqués, ses rochers isolés et ses points de vue vertigineux.

Premier incontournable : la montée vers la cathédrale Notre-Dame du Puy. L’accès se fait par environ 134 marches.

Et là, dans l’effort déjà présent malgré la journée de transport, on sent le corps basculer doucement dans un autre rythme. Celui du chemin.
Je souris en pensant que demain, il faudra marcher toute la journée.

Parenthèse culturelle :
Construite entre les XIᵉ et XIIᵉ siècles, la cathédrale est un édifice majeur de l’art roman et un haut lieu du pèlerinage vers Compostelle. Depuis des siècles, les marcheurs viennent y recevoir la bénédiction avant de prendre la route vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Autre symbole fort de la ville : la statue de Notre-Dame de France, située sur le rocher Corneille.
La vue est tout simplement magnifique. Depuis l’esplanade, le regard embrasse toute la ville. Les toits, les clochers, les pitons volcaniques… Le Puy-en-Velay se dévoile sous un angle complètement différent.

Parenthèse culturelle :
Inaugurée en 1860, la statue Notre-Dame de France mesure un peu plus de 22 mètres de haut. Elle a été réalisée avec la fonte de canons récupérés après la guerre de Crimée. Il est possible de monter à l’intérieur pour profiter d’un panorama exceptionnel sur Le Puy-en-Velay.

Enfin, flâner dans les ruelles du centre historique permet de ressentir toute l’atmosphère du lieu : une ville spirituelle et profondément liée aux chemins de pèlerinage. J’observe les façades colorées, les petites places, les pèlerins qui arrivent…

Repas avant le grand départ

Après cette découverte, je m’installe dans un petit restaurant du centre-ville.
Une spécialité locale s’est invitée dans mon assiette : le “Ponti”, un plat traditionnel de la région à base de blettes, de viande et de pruneaux. Un mélange étonnant… mais qui mérite vraiment d’être goûté.

La nuit avant le chemin

Retour au gîte Saint-François pour la nuit.
Le sac est prêt, posé comme une promesse silencieuse au pied du lit. Le corps n’a pas encore marché, mais l’esprit, lui, a déjà commencé à se mettre en route. La nuit tombe sur Le Puy-en-Velay.

Demain, il faudra se lever tôt. Demain, les premiers pas du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle commenceront pour de vrai.

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