Étape 1 : Béduer -> Espagnac-Sainte-Eulalie

L’année dernière, j’avais déjà eu la chance de parcourir un petit tronçon du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, du Puy-en-Velay jusqu’au village d’Aubrac. Une première expérience qui m’avait profondément plu et qui m’avait surtout donné le goût du chemin : ces journées où l’on marche, où l’on prend le temps, où l’on découvre les paysages autrement, mais aussi où les rencontres, avec les autres comme avec soi-même, prennent une place inattendue.

Cette aventure m’avait donné envie de recommencer, de retrouver cette sensation si particulière que l’on ressent lorsqu’on avance simplement, un pas après l’autre, sans autre objectif que celui de continuer à avancer.

Vous pouvez retrouver mes précédents récits ici .

Alors, lorsque cette année l’occasion s’est présentée de découvrir la voie du Célé avec des amis, j’ai été hyper contente de cette proposition ! Ce fut un grand OUI, immédiatement, sans même avoir besoin d’y réfléchir !

Et me voilà donc repartie pour une nouvelle aventure sur les chemins de Compostelle, ou plutôt sur une variante du chemin de Saint-Jacques. Cette fois, direction le Lot et la voie du Célé, le GR651.
Allez, je vous emmène avec moi. Et pour commencer cette aventure, rendez-vous à Espagnac-Sainte-Eulalie !

Les préparatifs : quand le chemin commence déjà à la maison

Avant même de prendre la route, il y a une étape incontournable : les préparatifs. Comme souvent avant un départ, je commence par sortir tout ce dont je pense avoir besoin… puis vient la question fatidique : est-ce que j’ai vraiment besoin de tout ça ?

Mais cette année, il y a quand même une différence : j’hésite beaucoup moins. Mon premier tronçon de Compostelle, parcouru l’année dernière entre Le Puy-en-Velay et le village d’Aubrac, m’a appris quelques petites choses sur ce qui est vraiment utile… et surtout sur ce qui ne l’est beaucoup moins ! L’expérience commence à s’installer, mine de rien.
Je sais désormais qu’un objet peut sembler indispensable à la maison et devenir totalement inutile une fois sur le chemin. À l’inverse, certaines petites choses que l’on hésite à prendre peuvent finalement se révéler bien appréciables après plusieurs heures de marche.
Alors je fais le tri, j’ajuste, je pèse… avec un peu plus d’assurance qu’il y a un an. Parce qu’une chose est certaine : ce qui paraît léger posé sur le lit le devient beaucoup moins une fois installé dans le sac. Et cette fois, il faudra porter tout ce petit monde pendant six jours de marche. Alors forcément, chaque gramme compte.

Le verdict tombe : 8,8 kg au total, au plus lourd, pour le sac à dos et la sacoche, avec 2 litres d’eau, deux repas, des fruits secs et deux bananes.
Je suis plutôt contente du résultat.
Bien sûr, je pourrais encore chercher à gagner quelques centaines de grammes, mais à un moment, il faut aussi accepter d’emporter quelques petites choses qui rendent le chemin plus agréable.

Et puis, au-delà du poids du sac, il y a surtout cette excitation qui monte. Je prendrai enfin le chemin de la voie du Célé. J’ai hâte de découvrir les paysages, les petits villages, les rencontres et tous ces petits instants que seule la marche sait offrir. Le voyage commence déjà un peu maintenant. Dans les préparatifs. Dans les rêves. Dans ce sac que l’on pèse… puis que l’on repèse ! Et surtout dans cette petite fébrilité qui monte à mesure que le départ approche.

Vous préparez votre premier chemin de Compostelle ? Si vous aussi vous vous demandez quoi mettre dans votre sac, comment vous organiser ou comment préparer votre premier chemin, j’ai justement consacré un article à ce sujet : Avant de partir sur le chemin de Compostelle
J’y partage mes conseils et tout ce que j’ai appris au fil de ma petite expérience sur les chemins.

Mais maintenant, il est temps de fermer le sac. De prendre la route. Direction Cahors… puis Béduer !

Tournon-d’Agenais : une halte imprévue avant le grand départ

Pour rejoindre notre point de départ, nous quittons la région bordelaise en voiture.
Notre objectif : rejoindre Cahors, où nous devons prendre la Malle Postale pour être déposées à Béduer, le véritable point de départ de notre randonnée. Au fur et à mesure que nous avançons sur la route, nous nous rendons compte que nous avons pas mal d’avance sur l’horaire prévu. Plutôt que d’arriver trop tôt à Cahors et d’attendre inutilement, nous décidons donc de profiter de ce temps pour faire une petite halte à Tournon-d’Agenais, qui se trouve justement sur notre route.

Une bonne façon de faire une pause dans ce trajet en voiture, de nous dégourdir les jambes et, surtout, de découvrir un joli village que nous n’aurions peut-être pas pris le temps de visiter autrement.
Tournon-d’Agenais est une jolie bastide perchée dans le Lot-et-Garonne.
Le village est installé sur un pech, autrement dit une hauteur. Je flâne un peu sur la jolie place. Les ruelles, les arcades, les vieilles pierres… Et surtout, personne ! C’est comme si le village nous appartenait ! Finalement, cette halte improvisée est une excellente idée. Avant même d’avoir commencé à marcher, je fais déjà une première découverte.

Parenthèse culturelle :
Tournon-d’Agenais est une bastide royale du Sud-Ouest. Le village conserve notamment son beffroi du XVIIe siècle, remarquable pour son horloge lunaire, présentée comme unique en Aquitaine. L’ancien chemin de ronde permet également de découvrir les remparts et les paysages de la vallée du Boudouyssou.

Direction Cahors et la Malle Postale

Après cette petite parenthèse à Tournon-d’Agenais, nous reprenons la route en direction de Cahors et de sa gare SNCF. C’est ici que nous devons retrouver la Malle Postale, qui va nous conduire jusqu’à Béduer, le véritable point de départ de notre randonnée.

Mais voilà… nous ne sommes pas les seules à avoir de l’avance !
La Malle Postale arrive elle aussi un peu plus tôt que prévu.
Nous sommes prêts, alors finalement, nous partons à 10h10.
Nous sommes au complet.
Quatre autres femmes sont avec nous. Elles viennent, elles, de terminer leur chemin.
J’aime beaucoup cette situation un peu particulière : nous commençons notre aventure au moment où elles terminent la leur.

Béduer : cette fois, c’est vraiment parti

La Malle Postale nous dépose devant l’église de Béduer.
Cette fois, plus de voiture. Plus de transport.
Le sac est sur le dos. Les bâtons dans les mains et hop, c’est parti !
Enfin… quand je dis « hop », il faut quand même se rappeler que j’ai 8,8 kg sur le dos. Ce n’est donc pas exactement le « hop » d’une gazelle.
Mais peu importe, je suis là pour marcher et surtout pour profiter.
Et le premier contact avec le chemin est plutôt sympathique : ça commence par une descente !
Alors forcément, je suis ravie.
Une descente pour commencer une randonnée ? Mais quelle bonne idée !
Je sais très bien que sur un chemin, chaque descente finit généralement par avoir sa petite revanche sous forme de montée.
Mais ça, je préfère ne pas y penser tout de suite.
Pour l’instant, je descends. Et je profite !
Très vite, le paysage me fait oublier les kilomètres qui m’attendent.
Un banc posé là pour admirer le paysage.
Des chevaux.
Un chemin qui s’enfonce doucement dans un sous-bois.
Un champ de maïs.
Et cette sensation que le monde extérieur commence déjà à disparaître.
Place à la déconnexion.

Parenthèse culturelle :
Le GR651 constitue la voie du Célé, une variante des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui relie Béduer à Bouziès. Cette première étape entre Béduer et Espagnac-Sainte-Eulalie sera de 16 km.

Pique-nique avant Boussac

A un moment, quelque chose commence à se manifester. Non, ce n’est pas une ampoule. Pas encore. C’est mon ventre. Il commence à gargouiller sérieusement. Et justement, une table en béton apparaît au bord du chemin.
Coïncidence ? Je ne crois pas.
Nous décidons donc de nous installer juste avant d’arriver à Boussac pour pique-niquer. Quand une table se présente exactement au moment où le ventre réclame sa part, il ne faut pas lutter contre le destin !
La pause déjeuner devient soudain une excellente idée.

Arrivés à Boussac, nous découvrons derrière la mairie une petite guinguette. Le midi, elle fonctionne en libre-service, avec toutefois peu de choses disponibles au moment où nous passons.

Corn : les pieds dans l’eau…

Nous poursuivons jusqu’à Corn.
Le village a beaucoup de charme. Et puis il y a l’eau. Avec cette chaleur, l’idée de tremper les pieds devient rapidement irrésistible.
Je me lance. Enfin… je mets les pieds dans l’eau. Et là… Glacée. Mais alors vraiment glacée. Congelée. Le genre d’eau qui vous rappelle instantanément que votre corps est composé de plusieurs extrémités et que certaines ne demandent absolument pas à être réveillées aussi brutalement. Mais après avoir marché sous une chaleur pareille, même quelques secondes les pieds dans l’eau font un bien fou. Et finalement, je ne regrette pas.

Parenthèse culturelle :
À Corn, l’eau a une histoire particulière : elle circule sous terre dans les roches calcaires des Causses avant de ressortir ici sous forme de résurgence. Elle peut même passer par la grotte des Consuls, qui servait autrefois de refuge aux habitants.
Alors, cette eau glacée qui vient du sous-sol ? Finalement, après quelques kilomètres de marche sous le soleil, je la trouve plutôt bien venue !

Une vallée qui devient de plus en plus belle

Après Corn, le chemin devient particulièrement agréable. Nous passons sous les arbres. L’ombre est la bienvenue. La chaleur est toujours là, mais sous les bois, la marche devient beaucoup plus supportable. Et puis il y a cette ambiance particulière de la vallée du Célé. La mousse recouvre certains troncs. La végétation est généreuse. Le chemin longe le cours d’eau. On entend l’eau. On avance dans une sorte de cocon végétal.

Nous découvrons également un passage avec une grotte et un petit bassin. On nous parle d’un bassin bleu. Enfin, normalement. Parce qu’au moment où nous arrivons, un plongeur est en train de brasser l’eau. Résultat : pour le bleu, il faudra repasser ! Je ne verrai donc pas le fameux bassin dans sa version carte postale.

Parenthèse culturelle :
La vallée du Célé est aussi connue pour ses falaises et ses nombreuses grottes, qui témoignent d’une présence humaine très ancienne. Certaines cavités ont d’ailleurs livré des traces d’occupation préhistorique.

Espagnac-Sainte-Eulalie : le charme opère immédiatement

Les derniers kilomètres commencent à se faire sentir. Les pieds aussi. La chaleur, elle, ne semble absolument pas décidée à nous lâcher. Mais nous approchons de notre étape du soir : Espagnac-Sainte-Eulalie.
Et là… Quel endroit ! Le village possède un charme fou. Une vraie beauté. Une quiétude incroyable. Après plusieurs heures de marche, l’arrivée dans ce petit village donne cette impression délicieuse d’avoir atteint un refuge hors du temps.
Nous rejoignons le gîte communal, installé dans le cadre historique du prieuré. Et je comprends immédiatement pourquoi cet endroit plaît autant aux pèlerins.

Parenthèse culturelle :
Espagnac-Sainte-Eulalie doit beaucoup de son charme à son ancien prieuré de Val-Paradis. Fondé au XIIᵉ siècle, le site a connu une histoire mouvementée. Trop proche de l’eau, le premier emplacement s’est révélé peu pratique et les bâtiments ont été reconstruits à la fin du XIIIᵉ siècle.
Le prieuré devient ensuite un lieu de vie pour une communauté de chanoinesses de Saint-Augustin, qui y resteront pendant près de six siècles, jusqu’à la Révolution française.
Aujourd’hui, le lieu a changé de vocation, mais il a conservé cette atmosphère hors du temps qui fait tout son charme. Et après 16 kilomètres de marche, arriver dans un ancien prieuré au cœur d’un si joli village… avouons que pour un pèlerin, c’est plutôt une belle façon de terminer la journée !

Le gîte communal : une belle surprise

Nous dormons dans un dortoir de quatre personnes. Il fait chaud. Très chaud même. Heureusement, il y a un ventilateur dans la chambre. Et ce ventilateur devient rapidement l’un de mes meilleurs amis. Il ne parle pas, même s’il fait un peu de bruit… Mais c’est pour la bonne cause : il brasse de l’air ! Et à cet instant, c’est exactement ce que je lui demande.

Après avoir posé mon sac, je profite aussi de ce moment pour accomplir un autre petit rituel incontournable du pèlerin : faire tamponner ma crédential.

Le repas des pèlerins

Après la douche — et là, franchement… Bon sang, qu’est-ce que ça fait du bien ! — vient le deuxième grand rituel du pèlerin : la lessive. On reprend les bonnes habitudes. On lave. On étend. Et ça tombe bien : le vent commence à se lever. Avec l’orage qui se prépare, mes vêtements devraient avoir droit à un séchage express ! Les vêtements de randonnée deviennent soudain une décoration à part entière.
Le soir, nous passons à table. Au menu :

  • gaspacho de tomates et olives séchées ;
  • poulet, légumes et boulgour ;
  • fromage ;
  • panna cotta à la Reine-Claude.

Et pour moi, une petite adaptation : je prends finalement une glace artisanale à l’ananas.

À table, nous faisons connaissance avec nos compagnons de soirée. Deux hommes venus des Pays-Bas. Deux jeunes hommes de Toulouse et de Marseille. Et une femme de Grenoble, Gaëlle.
Gaëlle, elle, a surtout un problème très concret : les ampoules. Elle cherche désespérément un fil et une aiguille. Voilà une scène que je n’aurais probablement jamais imaginée vivre autour d’une table quelques jours auparavant. Mais tout comme l’année dernière sur Compostelle, les conversations commencent facilement. On parle de nos chemins. De nos itinéraires. De nos pieds. Des rencontres. Et puis, sans vraiment s’en rendre compte, des inconnus deviennent des compagnons de route pour une soirée.

Une journée à 34 °C… et une impression de 47 °C

Cette journée aura été particulièrement chaude. 34 °C, avec un ressenti à 47 °C (Non, non je n’exagère pas du tout !). J’ai marché en étant trempée. Pas juste un peu moite. Non. Ça dégoulinait. Le genre de journée où l’on rêve d’une douche dès le troisième kilomètre. Alors, lorsque j’arrive au gîte, la douche n’est pas simplement agréable. Elle est miraculeuse. Je retrouve peu à peu une température corporelle compatible avec la vie en société. Et je me dis qu’après une journée pareille, le ventilateur n’a finalement rien d’un simple appareil électroménager. C’est un équipement de survie.

Un énorme orage pour terminer la journée

Comme si la chaleur n’avait pas suffisamment occupé notre journée, le ciel décide de changer complètement de programme. Le vent se lève et un énorme orage éclate. Beaucoup de pluie. Le tonnerre. Une ambiance presque apocalyptique après cette journée écrasée de chaleur. Depuis le gîte, j’écoute la pluie tomber.
Je pense à demain. Et j’espère très fort une chose : qu’il fera moins chaud.

Ce que je retiens de cette première étape sur la voie du Célé

Cette première journée m’aura offert ce que j’espérais trouver sur le chemin. Des paysages. De l’eau. Des villages. Des sous-bois. Des rencontres. Un magnifique lieu pour dormir. Des discussions autour d’une table. Et cette sensation étrange de retrouver progressivement un autre rythme. Où l’on apprend à apprécier une fontaine, un banc à l’ombre, une douche ou simplement l’endroit où poser son sac.
Et puis, il y a Espagnac-Sainte-Eulalie. Ce petit village possède quelque chose de difficile à expliquer. Une atmosphère paisible. Une vraie douceur. Une impression d’être loin de tout.
Je m’endors avec les jambes fatiguées, … les pieds qui me font très clairement comprendre qu’ils ont bien travaillé aujourd’hui… et le sac prêt pour demain.
Le chemin, lui, vient seulement de commencer. Et je crois bien qu’il est déjà en train de prendre sa place.
Je suis bien… Tout simplement.

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