Étape 5 sur Compostelle :
Les Estrets → Prinsuéjols-Malbouzon

Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle
Via Podiensis (GR65)
“ Cette cinquième étape du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle relie Les Estrets à Prinsuéjols-Malbouzon sur environ 24 kilomètres.”
Après les paysages de la Margeride traversés lors des jours précédents, cette nouvelle journée s’annonce comme une véritable immersion dans les grands espaces de l’Aubrac.
Une étape tout en contrastes : une matinée enveloppée de brume, des rencontres, une petite chapelle au milieu de la campagne, de grands espaces ouverts à perte de vue… puis un soleil qui, lui, n’a visiblement pas prévu de faire de la figuration.
Mais une fois encore, ce sont les petits détails qui donnent toute sa saveur à la journée. Un chant de coucou dans la brume. Un échange avec une nouvelle compagne de route. Une chapelle isolée ou encore des balles de foin roses au milieu des champs… Le chemin avance, kilomètre après kilomètre, mais il collectionne surtout les petits souvenirs.
Le sommaire de cet article :
Le départ des Estrets dans la brume
Une nouvelle rencontre sur le chemin
Aumont-Aubrac
La Chaze-de-Peyre et Lasbros
La chapelle de La Bastide
L’Aubrac, entre pierres, fleurs sauvages et grands espaces
Quand Compostelle voit la vie en rose
L’arrivée à Prinsuéjols-Malbouzon
Ce que cette cinquième étape m’a appris
Le départ des Estrets dans la brume
Le départ des Estrets se fait dans une ambiance totalement différente de la veille.
Ce matin, une légère brume flotte sur les prairies. Elle enveloppe les paysages d’un voile de douceur, comme si l’Aubrac avait décidé de commencer la journée sur la pointe des pieds.
L’air est frais. La rosée perle encore sur l’herbe. Au loin, un coucou accompagne mes premiers pas.
Il y a des moments sur Compostelle où l’on oublie presque que l’on marche plusieurs dizaines de kilomètres avec un sac sur le dos. On se contente simplement d’avancer, de regarder, d’écouter. Et ce matin-là fait partie de ces instants précieux.





Rapidement, la nature m’offre une première rencontre. Trois petits veaux traversent mon chemin, surveillés de près par leur maman. Une vache aux proportions impressionnantes, avec des mamelles qui ne laissent aucun doute : ici, le lait est une affaire sérieuse !
La scène est simple, presque banale pour les habitants du territoire.
Pourtant, pour moi, elle représente exactement ce que je viens chercher sur ce chemin : une parenthèse loin du quotidien, des paysages authentiques et ces petits moments qui n’existent que lorsqu’on prend le temps de marcher.
L’Aubrac est là, brut et puissant.


Une nouvelle rencontre sur le chemin
Après une première heure de fraîcheur agréable, le décor change rapidement. Le soleil fait son apparition et, comme souvent sur cette aventure, il ne vient pas seulement nous accompagner… il décide aussi de participer activement à l’effort !
La chaleur s’installe progressivement. Le contraste avec le début de matinée est saisissant. Mais les paysages sont là pour m’encourager à continuer.
Aujourd’hui, je marche avec Karine, rencontrée au gîte du Sauvage, qui partage une partie de l’étape avec moi. Sur Compostelle, les rencontres ont cette particularité : elles arrivent naturellement, sans avoir besoin d’être organisées. On échange sur nos parcours, nos impressions, nos sensations après plusieurs jours de marche. On parle beaucoup, on rit aussi.
Et puis il y a ces moments où les mots ne sont plus nécessaires. Chacun avance simplement au rythme de ses pas, accompagné par le silence du chemin. C’est aussi ça, Compostelle.
Des rencontres parfois éphémères, mais qui donnent une autre couleur à une journée.








Aumont-Aubrac : l’église, la Bête du Gévaudan et le pique-nique
En poursuivant mon chemin, j’arrive à Aumont-Aubrac, aujourd’hui commune déléguée de Peyre-en-Aubrac.
Ici, je vous conseille vraiment de ne pas simplement traverser le village. Il y a quelques petites choses à voir… et surtout une chose très importante à faire pour le pèlerin : prévoir le pique-nique !
Je prends le temps de regarder l’église Saint-Étienne d’Aumont-Aubrac, qui fait partie du patrimoine du village.
Parenthèse culturelle :
Impossible de parler d’Aumont-Aubrac sans évoquer la Bête du Gévaudan !
Sur la place du Portail, une fontaine est surmontée depuis 1992 d’une sculpture représentant la célèbre Bête du Gévaudan. La Bête du Gévaudan a marqué l’histoire de la région au XVIIIᵉ siècle, avec une série d’attaques attribuées à un animal mystérieux entre 1764 et 1767.
C’est également à Aumont-Aubrac que je vous conseille de faire vos provisions pour le déjeuner. Pour ma part, j’ai acheté mon pique-nique à la boulangerie-pâtisserie Solignac, située 8 route d’Aubrac.
Et maintenant que le ravitaillement est assuré et que mon pique-nique a trouvé sa place dans le sac… Il n’y a plus qu’à reprendre la route !


La Chaze-de-Peyre et Lasbros
En quittant Aumont-Aubrac, je poursuis mon chemin vers La Chaze-de-Peyre. Le village possède une belle église datant du Moyen Âge, avec notamment un imposant clocher en granit. Une nouvelle fois, je retrouve cette architecture typique de la région : la pierre, le granit, les bâtiments qui semblent avoir été construits pour résister au temps… et probablement aussi aux hivers de l’Aubrac !
Dans cette partie de l’Aubrac, le granit est omniprésent. Et lorsqu’on marche, on finit par regarder les villages autrement.
Une pierre dans un mur n’est plus simplement une pierre. On commence à se demander depuis combien de temps elle est là, combien de générations l’ont regardée, combien de pèlerins sont passés devant. C’est peut-être ça aussi, marcher sur un chemin ancien : apprendre à regarder autrement ce que l’on aurait probablement à peine remarqué dans une voiture.

Je continue ensuite vers Lasbros, petit village de la commune de Peyre-en-Aubrac. Le hameau est situé sur le parcours du GR65 et se trouve à quelques kilomètres d’Aumont-Aubrac.
Lasbros conserve cette ambiance de petit village de l’Aubrac avec ses constructions en pierre et son atmosphère paisible. Et c’est justement dans ce secteur que je vais découvrir une petite chapelle qui mérite que l’on ralentisse encore un peu.
La chapelle de La Bastide
Au fil du chemin apparaît la chapelle de La Bastide, également connue sous le nom de chapelle de La Pignède. Au milieu des pâturages, elle semble presque avoir été déposée là par hasard.
Je m’arrête quelques instants.
Le calme qui règne autour de cette chapelle contraste avec le rythme habituel de nos vies. Sur le chemin, on découvre parfois que le silence n’est pas un vide. Il devient un compagnon de route.


Parenthèse culturelle :
Les chapelles rurales de l’Aubrac
L’Aubrac est ponctué de nombreux petits édifices religieux, construits au fil des siècles dans les villages ou à proximité des chemins de passage. Ces chapelles servaient autrefois de lieux de prière pour les habitants, mais aussi de repères pour les voyageurs et les pèlerins.
Sur la Via Podiensis, elles rappellent que le chemin de Saint-Jacques n’est pas seulement un itinéraire de randonnée. C’est aussi une route façonnée par des siècles d’histoire, de croyances et de rencontres.
L’Aubrac, entre pierres, fleurs sauvages et grands espaces
Le paysage peut paraître austère au premier regard. Mais il possède une beauté qui ne cherche pas à séduire immédiatement.
Il faut marcher.
Regarder.
Et surtout, prendre le temps.
Au fil des kilomètres, les grands espaces de l’Aubrac continuent de m’accompagner. Les pâturages semblent s’étirer sans fin, ponctués de pierres, de fleurs sauvages et de quelques silhouettes bovines qui observent tranquillement passer les pèlerins. Face à cette immensité, on se sent forcément un peu petite. Mais curieusement, cela fait du bien.
Et je sais déjà que certains paysages de l’Aubrac vont encore me surprendre lors de la prochaine étape.







Quand Compostelle voit la vie en rose
Et puis arrive un moment qui apporte une touche complètement inattendue au milieu de cette campagne. Des balles de foin roses apparaissent dans les champs.
Première réaction : surprise totale.
Avec leur couleur vive au milieu des prairies verdoyantes, elles ressemblent presque à des objets tombés d’un autre monde.
À distance, j’ai même eu une pensée très sérieuse : aurait-on abandonné d’immenses rouleaux de papier toilette après le passage d’un colosse ?Compostelle réserve parfois de drôles de visions !
Mais derrière cette couleur étonnante se cache une belle initiative. Le rose est souvent utilisé comme symbole de sensibilisation à la lutte contre le cancer du sein, notamment dans le cadre d’Octobre Rose. Ces balles de foin colorées permettent aux agriculteurs qui participent à cette démarche d’apporter un message de soutien et de solidarité.
Comme quoi, même au milieu des pâturages de l’Aubrac, le chemin peut nous rappeler que les petits gestes peuvent porter de grands messages.

L’arrivée à Prinsuéjols-Malbouzon
Les derniers kilomètres demandent un peu d’énergie supplémentaire.
La chaleur est toujours présente et le corps commence à rappeler les kilomètres déjà parcourus depuis le départ du Puy-en-Velay. Mais l’arrivée approche.
À Prinsuéjols-Malbouzon, une nouvelle soirée de pèlerin commence. Je pose mon sac aux Gentianes de l’Aubrac, une grande maison tenue par une jeune gérante qui assure seule toute l’organisation : l’accueil, les repas, la gestion du gîte… Un sacré défi, surtout au fil d’une saison où la fatigue doit forcément commencer à se faire sentir.
Malgré cela, l’étape reste agréable même si l’accueil ne m’a pas laissé le même souvenir que d’autres étapes.
Comme souvent sur Compostelle, chaque hébergement possède son ambiance, son fonctionnement, sa personnalité. Il n’y a pas deux soirées identiques. Et c’est aussi ce qui fait le charme de cette aventure.
Ce que cette cinquième étape m’a appris
Cette étape entre Les Estrets et Prinsuéjols-Malbouzon restera comme une journée de contrastes.
Le contraste entre la fraîcheur brumeuse du matin et la chaleur de l’après-midi.
Le contraste entre les grands espaces sauvages et la chaleur des rencontres.
Le contraste entre le silence d’une chapelle isolée et les discussions partagées avec une nouvelle compagne de route.
Encore une fois, Compostelle me rappelle que le voyage ne se résume pas aux kilomètres parcourus.
Bien sûr, les paysages de l’Aubrac sont magnifiques. Mais ce sont ces petits moments inattendus qui construisent les souvenirs : un veau qui traverse le chemin, un rire partagé, une chapelle découverte au détour d’un sentier ou des balles de foin roses qui surprennent.
Le chemin continue doucement son travail. Il apprend à regarder davantage. À ralentir. À apprécier ce qui semble ordinaire.

Infos pratiques :
Étape : Les Estrets → Prinsuéjols-Malbouzon
Distance : environ 24 km
Difficulté : étape sans difficulté technique majeure, mais la distance et la chaleur peuvent rendre la journée exigeante.
Points forts : les paysages de l’Aubrac, les grands espaces, la chapelle de La Bastide, les rencontres sur le chemin.
Pique-nique : Boulangerie-Pâtisserie Solignac
8 route d’Aubrac – Aumont-Aubrac
Hébergement : Les Gentianes de l’Aubrac – Prinsuéjols-Malbouzon
Tarif (2025) : 53 € comprenant le repas du soir, la nuit et le petit-déjeuner.
Mon avis : ⭐⭐☆
Une grande maison adaptée aux pèlerins, tenue par une jeune gérante qui assure seule l’ensemble du fonctionnement. On ressent naturellement la fatigue accumulée au fil de la saison, ce qui peut parfois se percevoir dans l’accueil. Malgré cela, l’étape reste agréable et l’endroit permet de récupérer après cette belle journée de marche.
La suite de l’aventure…
Après cette cinquième étape entre Les Estrets et Prinsuéjols-Malbouzon, il ne reste déjà plus qu’une journée sur cette première partie du chemin.
Les kilomètres passent vite, les paysages défilent et pourtant chaque étape laisse une trace différente.
Dans le prochain article (qui est en cours d’écriture), je vous emmène pour la sixième et dernière étape de cette aventure sur la Via Podiensis entre Prinsuéjols-Malbouzon et Aumont-Aubrac. Une dernière journée de marche avant de refermer ce premier chapitre de Compostelle.

Laisser un commentaire