Randonnée des Paramoudras au Jaizkibel : une boucle spectaculaire au Pays basque espagnol

À quelques kilomètres seulement de la frontière française, direction le Pays basque espagnol pour une journée de randonnée qui a vraiment tout pour me plaire !
Au programme : des paysages sauvages et incroyablement variés, des rochers aux formes étonnantes, des rencontres inattendues, une eau aux couleurs magnifiques… et quelques passages qui m’ont donné un peu plus de fil à retordre que prévu !
Mais surtout, cette balade m’a permis de découvrir des formations géologiques que je n’avais encore jamais vues en randonnée : les fameux paramoudras du Jaizkibel.
Alors, si vous aimez les paysages sauvages, les curiosités géologiques et les randonnées qui ne ressemblent pas à toutes les autres, chaussez vos chaussures : je vous emmène découvrir le Jaizkibel.

Départ sous le soleil depuis Guadalupe

La randonnée commence au niveau du sanctuaire de Guadalupe, sur les hauteurs de Hondarribia, dans le massif du Jaizkibel.

Dès mon arrivée, une chose me saute aux yeux : il y a déjà pas mal de monde sur le parking ! Rien d’étonnant finalement, car le secteur est un point de départ pour plusieurs balades, mais aussi un passage du Camino de Santiago del Norte, le fameux chemin de Saint-Jacques du Nord. La voie côtière traverse en effet le Jaizkibel après Hondarribia, en passant notamment par le sanctuaire de Guadalupe avant de poursuivre vers Pasaia et Saint-Sébastien.

Mais aujourd’hui, pas de pèlerinage pour moi ! Mon objectif est beaucoup plus géologique. Direction les paramoudras ! Enfin… normalement.

Quand les ronces et les ajoncs décident de prendre le pouvoir

À peine partie, la randonnée commence déjà à me donner un petit aperçu de ce qui m’attend…
Le sentier est envahi de ronces et d’ajoncs et devient rapidement compliqué à suivre. A ce stade on peut dire qu’ils ont vraiment élu domicile sur le sentier au point d’interdire le passage aux randonneurs. J’avance donc tant bien que mal, en essayant surtout de sauver mes jambes et mes bras !
Après quelques hésitations et quelques griffures en souvenir, je finis par prendre une décision : j’abandonne ce passage et je récupère la route pour rejoindre la suite de l’itinéraire un peu plus loin.

Un peu de forêt… avant de prendre de la hauteur

Une fois cette première mésaventure avec les ronces passée, je retrouve enfin le sentier de randonnée. Et changement total d’ambiance ! Me voilà sur un large chemin, bien plat et très facile, qui traverse la forêt. Après le début un peu mouvementé, cette portion est franchement agréable et me permet de reprendre tranquillement mon rythme.

Et puis, au détour du chemin, le paysage s’ouvre sur une jolie prairie avec une vue magnifique sur la mer. Quelques chevaux et pottoks profitent tranquillement de l’herbe et, parmi eux, l’un des plus curieux s’approche pour venir m’observer. Manifestement, je l’intrigue autant qu’il m’intrigue !

Je poursuis mon chemin quand, quelques mètres plus loin, deux autres pottoks sortent de la forêt. Et là, grand moment de solitude… Ils se mettent à hennir, avec des morceaux d’ajoncs accrochés dans leur crinière. Oups… je crois que je viens de déranger leur petite sieste crapuleuse ! Je reprends ma route en les laissant tranquillement retourner à leurs occupations.

Dans la forêt, certains pins attirent mon attention avec leur drôle de résine blanchâtre. Elle a coulé le long des troncs avant de sécher et de se cristalliser, formant de grandes coulures blanches qui ont même éclaboussé la végétation juste en dessous. On dirait presque que l’arbre a dégouliné sur les plantes !
Puis, progressivement, le décor change à nouveau. La forêt s’efface peu à peu pour laisser place aux espaces ouverts. Les falaises apparaissent et, au loin, la mer se dévoile avec de magnifiques panoramas sur la côte. Mais en regardant le paysage, je comprends vite une chose : il va falloir descendre ! Car mon itinéraire m’emmène tout en bas, au plus près du littoral. Et vu la hauteur à laquelle je me trouve, je sais déjà que la descente ne va pas être de tout repos…

Trois rapaces au-dessus de ma tête

Alors que j’avance, trois grands rapaces apparaissent dans le ciel et commencent à tournoyer au-dessus de moi. Ils profitent tranquillement des courants d’air qui remontent le long des reliefs. Impossible de ne pas lever la tête… et surtout de ne pas m’exclamer devant ce spectacle ! Je reste quelques instants à les regarder planer, complètement fascinée.

Puis, il faut bien redescendre sur terre… et ce n’est pas qu’une façon de parler !

Une descente bien sympathique

Le sentier plonge maintenant vers le littoral. La pente est franchement raide. Deux cordes sont installées pour aider à la descente. Les rochers sont énormes et, soyons honnêtes, mes jambes sont beaucoup trop courtes pour négocier certains passages avec élégance ! Je cherche une solution… et finalement, pas le choix : les fesses au sol et je me laisse glisser ! Ce n’est peut-être pas la technique la plus glamour, mais elle a le mérite d’être efficace.
Une fois en bas, je lève les yeux pour réaliser ce que je viens de descendre : les trois rapaces tournent toujours au-dessus de moi.
Je poursuis mon chemin avec quelques passages à travers les ronces et les fougères, avant de découvrir peu à peu les premières formations rocheuses.

Les rochers aux couleurs impressionnantes

Et là… waouh ! Les premières formations rocheuses apparaissent.
Des roches aux teintes ocre, avec des formes trouées et alvéolées qui donnent presque l’impression d’un énorme morceau de gruyère posé au milieu du paysage.
Je m’arrête quelques instants pour regarder tout ça.
C’est beau, c’est surprenant… et surtout, je sens que je vais en prendre plein les yeux pour la suite ! Difficile de rester indifférente devant un décor pareil.
C’est décidé, c’est justement ici que je pose mon sac pour pique-niquer. Face à la mer, entourée de ces rochers aux formes étonnantes et avec un paysage pareil devant les yeux… je ne peux pas rêver meilleur endroit pour déjeuner !

Falaises, canyon et côte sauvage

À partir de là, le parcours devient beaucoup plus minéral. Je longe les reliefs, avec des passages au bord des falaises et des secteurs encaissés qui donnent presque une impression de canyon.
Le paysage change sans arrêt. Une minute, je marche dans la végétation. La suivante, je suis face à l’océan. Puis devant une énorme formation rocheuse. Et ensuite au bord d’une petite crique.

Parenthèse culturelle :
Pourquoi le Jaizkibel est-il si particulier ?
Ici, les roches racontent une très vieille histoire. Elles se sont formées à partir de sédiments déposés dans un ancien environnement marin, il y a des millions d’années. Et avec le temps, l’érosion a fait son travail : elle a sculpté la roche, creusé des cavités et créé ces formes étonnantes que l’on découvre tout au long du littoral. La géologie est littéralement sous nos pieds. Et parfois, ces fameux paramoudras prennent des formes franchement surprenantes.

Une eau aux couleurs incroyables

Bleu. Turquoise. Vert
Les couleurs de l’eau sont magnifiques. Selon la lumière, les reliefs et les profondeurs, elle prend des nuances incroyables.
Je découvre même une sorte de piscine naturelle où quelques personnes profitent de l’eau. Personnellement, je me contente de me rafraîchir le visage et les bras. Parce qu’il me reste encore quelques kilomètres à parcourir.

Les ronces, épisode 2 : le retour

Parce qu’une randonnée sans deuxième rencontre avec les ronces serait manifestement trop simple… Je retrouve de la végétation épineuse sur certains passages. Ronces, ajoncs et autres végétaux s’occupent généreusement de mes bras et de mes jambes. Résultat : quelques griffures, quelques jurons intérieurs et une progression beaucoup plus lente que prévu.

Des rochers qui ressemblent à des personnages

Et puis il y a les rochers. Certains semblent avoir été découpés en couches, comme s’ils étaient constitués de feuilles superposées.
D’autres prennent des formes franchement étonnantes. Un personnage ici. Un poussin là. Une immense piste de bowling pétrifiée. Une forme qui ressemble à quelque chose d’autre quelques mètres plus loin.
C’est l’un des plaisirs de ce secteur : laisser travailler son imagination.
L’érosion a sculpté ces formations pendant des temps géologiques et, devant certaines d’entre elles, on pourrait presque croire que quelqu’un est venu les façonner à la main. Sauf que non. Et c’est justement ça qui est fascinant.

Parenthèse culturelle :
Mais au fait… c’est quoi un paramoudra ?
Voilà LA question de cette randonnée !
Les paramoudras sont des formations rocheuses particulières, liées à des traces de terriers creusés par des organismes dans les anciens sédiments marins.
Au Jaizkibel, ces formations sont encore plus étonnantes : elles se sont formées dans les grès de l’Éocène, il y a plusieurs dizaines de millions d’années. Des études ont montré que les concrétions du Jaizkibel sont carbonatées plutôt que siliceuses ; certains scientifiques préfèrent donc parler de « pseudoparamoudras ». Et surtout, elles sont extraordinairement rares à l’échelle mondiale. Le Jaizkibel présente une concentration et une diversité particulièrement remarquables de ces structures, ce qui en fait un site géologique assez exceptionnel.
En clair, ces rochers ne sont pas de simples cailloux aux formes rigolotes : ils gardent la trace d’une très vieille histoire marine du Jaizkibel.
Et franchement, les découvrir aujourd’hui au bord de l’océan, après des millions d’années sous nos pieds… c’est plutôt fascinant !

La fin de l’itinéraire

Je poursuis mon chemin. Sur une belle herbe verte face à l’océan, des bovins profitent tranquillement du paysage.
Des vaches. Un taureau. Des veaux.
Puis, un peu plus loin, les chevaux.
Avec l’océan en arrière-plan, les pâturages et les animaux… on se croirait presque dans une carte postale du Pays basque.

Et pour finir… le bonheur au Merendero Justiz

Après cette belle aventure, direction le Merendero Justiz.
Et là, comment dire… L’oasis de fin de randonnée. Un verre, une pause.

Le Merendero Justiz est installé dans le secteur du caserío Justiz, un ancien caserío situé sur les pentes du Jaizkibel. Le site est aujourd’hui associé à un espace de restauration et constitue une halte connue des promeneurs.

Parenthèse culturelle :
Le caserío Justiz est également entouré d’une jolie légende liée au roi navarrais Sancho Abarca. Selon la tradition rapportée par le tourisme basque, le roi aurait utilisé cette maison comme refuge après être tombé amoureux d’une jeune femme qui y travaillait. Je vous laisse imaginer la suite. Moi, à ce moment-là, je pensais surtout à mon verre.

Attention à l’eau !

Voici mon erreur du jour : je n’avais pas pris assez d’eau.
Avec le soleil, la longueur de la randonnée, les passages techniques et la progression plus lente que prévu, le besoin en eau a été beaucoup plus important que ce que j’avais anticipé. C’est un point à ne vraiment pas négliger sur cet itinéraire.
Il n’y a pas de point d’eau sur le parcours, à l’exception du secteur du parking au départ. Donc vraiment, je vous conseille de prendre suffisamment d’eau dès le départ.

Mon bilan de cette journée

Sur le papier, cette randonnée pourrait simplement être une jolie boucle permettant de découvrir les paramoudras du Jaizkibel.
En réalité, c’est beaucoup plus que ça.
Forêt → pâturages → falaises → océan → formations rocheuses → petites criques → végétation → retour dans les hauteurs.
Et entre les deux :
des pottoks
des chevaux
des rapaces
des vaches
des rochers complètement improbables
une eau magnifique
un littoral sauvage
quelques milliers de ronces, probablement
et quelques passages qui demandent de l’engagement.

Une chose est sûre : cette randonnée, je ne suis pas prête de l’oublier ! Des paramoudras, des pottoks, des falaises, des eaux turquoise, des rapaces… et des ronces !
Le Jaizkibel, c’est un grand WHOUAOUUUUU !

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